L’affaire Gamestop

L’affaire Gamestop

En se coordonnant en ligne pour acheter des titres en difficulté, de petits investisseurs sont parvenus à faire monter les cours. S’ils ont acquis une telle puissance de feu, c’est que les règles du jeu ont changé.

magasin gamestop

Les anciens se souviennent du spéculateur George Soros boutant, en septembre 1992, la livre britannique hors du système monétaire européen, humiliant la Banque d’Angleterre. Le grand public avait alors découvert les hedge funds, ces fonds spéculatifs plus forts que les banques centrales et les gouvernements.

Trente ans après, la roue a tourné. Cette semaine, le groupe new-yorkais Melvin Capital a perdu sa chemise sur les marchés – sur l’action de la société Gamestop, pour être précis –, le contraignant à mendier 2,75 milliards de dollars (2,27 milliards d’euros) auprès de ses concurrents pour éviter une faillite.

Ses vainqueurs : une foule de boursicoteurs, saisis par l’ennui pendant la pandémie et qui se sont mis à jouer à Wall Street depuis qu’a éclaté le Covid-19. Ils se sont passé le mot sur le forum Reddit, mais aussi sur Twitter ou Facebook, faisant monter, monter, monter l’action de Gamestop pour mieux ruiner Melvin Capital.Lire aussi  Comment des utilisateurs de Reddit ont manipulé la Bourse et fait perdre de l’argent à un grand fonds d’investissements

Explication : Gamestop est une enseigne de jeux vidéo aux Etats-Unis. Elle est en difficulté, les clients préférant les jeux en ligne. Résultat, son action ne valait en mars 2020 que 2,57 dollars. Pariant sur une détérioration de sa santé financière, des hedge funds, dont Melvin Capital, l’ont vendue à découvert, c’est-à-dire sans posséder réellement les actions, mais en espérant les acheter plus tard moins cher.

Une envolée du titre encore alimentée par Elon Musk

Sauf que les boursicoteurs ont fait le pari inverse et se sont rués en masse sur l’action. Gamestop a pris près de 20 % lundi 25 janvier, a doublé mardi, et a vu son cours multiplié encore par 2,35 mercredi, pour atteindre 347,51 dollars en clôture. L’entreprise valait alors 10,3 milliards de dollars, l’équivalent du français Renault. Une envolée irrésistible, irrationnelle, et alimentée par Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, qui avait tweeté sur l’affaire mardi soir.

telephone et ordinateur avec la bourse

Si les petits porteurs ont acquis une telle puissance de feu, c’est que les règles du jeu ont un peu changé : jouer en Bourse ne coûte plus rien avec la disparition des commissions de transactions. Mieux, les applications comme Robinhood proposent des produits sophistiqués qui permettent aux particuliers de parier à la hausse ou à la baisse sur une action avec une mise de fonds minime. Enfin, les petits investisseurs ont fait masse en se passant le mot sur les réseaux sociaux.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Robinhood : « Robin des Bois, héros ou escroc ? »

La vente à découvert est très risquée. Lorsque vous achetez une action Gamestop 2,57 dollars et que l’entreprise fait faillite, vous risquez au maximum votre mise, soit 2,57 dollars. Si vous la vendez 2,57 dollars et qu’elle monte à 347,51 dollars, vous devez la racheter à ce prix et perdez 344,94 dollars, soit 134 fois votre mise initiale ! L’affaire est donc devenue ruineuse pour les hedge funds, qui ont choisi de prendre leurs pertes. « Nous avons fermé notre position », a fait savoir Melvin Capital.

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